- Peut-être est-ce parce que tu n'en a pas vraiment envie? me demande-t-il.
- Je... Si, je veux rentrer chez moi, biensûr que j'en ai envie...
- Mais?
- Mais je commence à apprécier cet endroit...
- Tu veux dire, tu commence à apprécier Matuanh?
Chapitre 5 "Blessée"
- Quoi? m'exclamai-je en me levant brusquement du lit.
Je ne comprenais pas ce que Matuanh faisait dans cette conversation.
- Il est venu me parler hier, et j'ai l'impression qu'il t'aime bien, me dit-il avec un sourire en coin.
- Mais... c'est juste un ami pour moi, protestai-je.
- Tu es sûre?
- Oui, d'ailleurs c'est la même chose pour chacun d'entre vous...
- Ecoute, Elisa. Même si nous t'apprécions beaucoup, ta place n'est pas ici. Ce monde est trop risqué pour toi, il ne t'apportera jamais rien. Plus vite tu seras rentrée chez toi pour oublier toute cette histoire, mieux ça vaudra.
Il avait dit tout cela d'un ton froid, dur; sa manière à lui de me faire comprendre les choses. Mais, en dépit de tous les risques que je courrais en restant à leurs côtés, il m'était impensable de me séparer d'eux définitivement.
- Et pourtant il le faudra bien, conclut-il.
- Tu as lûs dans mes pensées, constatai-je une fois de plus en fronçant les sourcils.
Il ne dit rien, alors je regardai dans ses yeux, à la recherche d'une réponse, d'un soutient quelquonque. Mais je ne trouvai que du vide à perte de vue dans ses yeux bleux foncés. C'était comme s'il était incapable de ressentir le moindre sentiment, ou plutôt comme s'il s'était forgé une carapace imperméable à tout. Puis il détourna le regard, certainement gêné de se faire dévisager. Alors, une question se forma dans mon esprit et passa le barage de mes lèvres.
- Si ton monde est si risqué que ça, pourquoi tu ne reconstruit pas ta vie dans le mien, puisqu'il t'est accessible ?
Il parût surpris de ma question, et chercha ses mots quelques secondes.
- Je le pourrai, en effet, mais je ne suis pas aussi insensible que tu le pense. Après toutes ces années passées avec eux, Matuanh, Devaï et Sensuh font partis de ma famille. Et je ne pourrai jamais partir en sachant qu'eux vont restés ici.
J'étais maintenant gênée qu'il ai lût en moi. Peut-être paraissait-il indifférent à tout, mais au fond, il en était tout autrement. J'acquiesçai timidement, lui offrant un sourire désolé.